Quand on parle du TDAH, on pense d’abord aux difficultés d’attention, à l’impulsivité, à l’agitation. On pense un peu moins souvent aux addictions. Et pourtant, les deux reviennent assez régulièrement ensemble dans les études.

Les personnes avec un TDAH présentent un risque plus élevé de développer un trouble lié à l’usage de substances : tabac, alcool, cannabis, ou d’autres drogues. Des études qui ont suivi des enfants avec un TDAH jusqu’à l’adolescence ou à l’âge adulte retrouvent notamment davantage de troubles liés à la nicotine, à l’alcool et à différentes substances (Lee et al., 2011).

Ça ne veut évidemment pas dire qu’avoir un TDAH mène droit à l’addiction. Heureusement, le diagnostic ne vient pas avec un abonnement automatique à toutes les conduites à risque. C’est plutôt un facteur de risque parmi d’autres.

Alors pourquoi ce lien ? Il n’y a probablement pas une seule explication.

L’impulsivité peut d’abord jouer un rôle. Quand il est plus difficile de freiner une action ou de prendre le temps d’en peser les conséquences, certaines consommations démarrent plus facilement, et sont plus difficiles à arrêter une fois lancées. La recherche de stimulation entre aussi en jeu : le TDAH est associé à des différences dans la façon dont on réagit à la récompense, à l’attente ou à l’ennui. Une activité ou une substance qui procure vite une sensation forte devient donc particulièrement attirante.

Mais il n’est pas seulement question de chercher quelque chose d’agréable. Certaines personnes utilisent aussi une substance pour gérer quelque chose de désagréable : calmer une agitation intérieure, faciliter l’endormissement, se détendre après une journée difficile, se sentir plus à l’aise socialement, ou simplement faire taire un peu le flot des pensées.

Évidemment, le fait qu’une consommation remplisse momentanément une fonction ne veut pas dire qu’elle constitue une bonne stratégie sur la durée. Le cerveau peut être redoutablement convaincant quand il trouve quelque chose qui marche tout de suite, même si la facture arrive plus tard.

Les difficultés de régulation émotionnelle jouent aussi leur rôle. Quand une émotion est particulièrement intense ou difficile à faire redescendre, les comportements qui apportent un soulagement rapide deviennent plus tentants. Et il y a tout ce qui accompagne parfois le TDAH : anxiété, dépression, difficultés sociales ou certains troubles du comportement, qui influencent eux aussi le risque de consommation problématique. Autrement dit, il est souvent difficile d’expliquer une addiction par le seul TDAH (van Emmerik van Oortmerssen et al., 2014).

Le lien fonctionne aussi dans l’autre sens sur le plan clinique. Chez les personnes prises en charge pour un trouble lié à l’usage de substances, le TDAH est nettement plus fréquent que dans la population générale. C’est pour cette raison que les recommandations actuelles insistent sur l’intérêt de repérer le TDAH chez les personnes qui présentent une addiction, et inversement de rester attentif aux consommations lorsqu’on accompagne une personne avec un TDAH (Young et al., 2023).

Et les addictions sans substance, dans tout ça ? On parle aussi de liens entre le TDAH et certains comportements comme les jeux d’argent ou l’usage problématique des jeux vidéo et d’Internet. Là, il faut avancer un peu plus prudemment.

Toutes les utilisations intensives d’Internet ou des réseaux sociaux ne sont pas une addiction, et les définitions utilisées dans la littérature ne se recoupent pas toujours. Pour les jeux d’argent, on dispose d’un cadre diagnostique bien établi. Pour d’autres comportements numériques, la recherche continue à préciser où se situe la frontière entre un usage important, un usage problématique et un véritable trouble addictif.

Donc oui, TDAH et addictions sont liés. Mais ce lien ne signifie ni que toutes les personnes avec un TDAH auront des problèmes de consommation, ni que toute addiction cache forcément un TDAH. Il signifie surtout qu’il existe une vulnérabilité supplémentaire à prendre en compte.

Et comprendre cette vulnérabilité permet aussi de sortir d’une lecture réduite au manque de volonté. Une addiction est rarement aussi simple que « il suffit d’arrêter ». Dans le TDAH comme ailleurs, les comportements ont souvent une fonction, même quand cette fonction finit par poser bien plus de problèmes qu’elle n’en résout.

Sources

Lee, S. S., Humphreys, K. L., Flory, K., Liu, R., & Glass, K. (2011). Prospective association of childhood attention deficit/hyperactivity disorder (ADHD) and substance use and abuse/dependence: A meta analytic review. Clinical Psychology Review, 31(3), 328–341.

van Emmerik van Oortmerssen, K., Konstenius, M., & Schoevers, R. A. (2014). ADHD and addiction. In G. Dom & F. Moggi (Eds.), Co occurring addictive and psychiatric disorders: A practice based handbook from a European perspective (pp. 179–191). Springer.

Young, S., Abbasian, C., Al Attar, Z., Branney, P., Colley, B., Cortese, S., Cubbin, S., Deeley, Q., Gudjonsson, G. H., Hill, P., Hollingdale, J., Jenden, S., Johnson, J., Judge, D., Lewis, A., Mason, P., Mukherjee, R., Nutt, D., Roberts, J., Robinson, F., … Cocallis, K. (2023). Identification and treatment of individuals with attention deficit/hyperactivity disorder and substance use disorder: An expert consensus statement. World Journal of Psychiatry, 13(3), 84–112.