Quand on pense au TDAH, l’image qui vient encore assez spontanément, c’est celle du petit garçon qui n’arrête pas de bouger, coupe la parole et se fait rappeler à l’ordre trois fois par cours. Et si on ne regardait que les diagnostics posés pendant l’enfance, on pourrait croire que le TDAH est presque une affaire de garçons. Sauf qu’à l’âge adulte, cet écart entre hommes et femmes fond comme neige au soleil.

Alors, que se passe-t-il entre les deux ? Le TDAH ne s’évapore pas mystérieusement chez les garçons à 18 ans, et il ne surgit pas de nulle part chez les femmes non plus.

Une bonne partie de l’explication tient à la façon dont les difficultés se manifestent, et surtout à ce qui va réellement attirer l’attention de l’entourage. Chez certains enfants, tout est très visible : ils bougent, parlent fort, interrompent, n’attendent jamais leur tour, perturbent la classe. Ce genre de comportement pousse vite les parents ou les enseignants à se poser des questions. Chez d’autres, c’est beaucoup plus discret : rêvasser, décrocher en pleine conversation, perdre ses affaires, procrastiner, oublier ce qu’on devait faire, ou tout simplement s’épuiser à rester organisé.

Un enfant qui ne dérange personne passe forcément plus facilement sous les radars. Être dans la lune attire moins l’œil que de se lever cinq fois pendant le cours. Les recherches vont d’ailleurs dans ce sens : les filles avec un TDAH présentent en moyenne plus de symptômes inattentifs, et moins de comportements hyperactifs ou impulsifs visibles, que les garçons. Ce qui ne veut pas dire que toutes les filles sont dans la lune et que tous les garçons grimpent aux rideaux : ce sont des tendances de groupe, pas des règles individuelles.

Il y a aussi toute la question des stratégies de compensation. Certaines personnes développent très tôt un arsenal de petites tactiques pour tenir la route malgré leurs difficultés : tout noter, tout vérifier deux fois, travailler deux fois plus longtemps que les autres, anticiper en permanence, s’accrocher à des routines bien huilées. De l’extérieur, on dirait que tout roule. Mais rendre ses difficultés invisibles ne les fait pas disparaître, ça les rend surtout plus chères à compenser. Le système tourne, mais il faut mettre le carburant en continu pour le faire tenir.

C’est aussi pour ça que certaines femmes commencent à se poser la question d’un TDAH assez tard, parfois seulement quand les exigences montent d’un cran : les études supérieures, le travail, un foyer à gérer, ou simplement un moment de vie où les vieilles ficelles ne suffisent plus. Ça ne veut pas dire pour autant que le moindre oubli ou la moindre distraction équivaut à un TDAH, sinon, égarer ses clés deux fois par semaine deviendrait un critère diagnostique, et on n’en est heureusement pas là. Un vrai diagnostic demande de regarder l’ensemble du tableau : l’histoire de la personne, la présence des difficultés depuis l’enfance, et leur impact dans plusieurs sphères de la vie.

Ce qui nous ramène à un point important sur les chiffres : le nombre de diagnostics n’est pas une photographie fidèle du nombre de personnes réellement concernées. Chez l’adulte, les études en population générale retrouvent d’ailleurs des fréquences bien plus proches entre hommes et femmes que ce qu’on observe dans les diagnostics d’enfance.

Donc non, le TDAH n’est pas simplement « un truc de garçons ». Ce n’est pas ce que montrent les données actuelles. La vraie question, c’est plutôt de comprendre pourquoi certaines formes de TDAH sont repérées tôt, quand d’autres restent invisibles beaucoup plus longtemps.

Et c’est là qu’il faut se méfier d’une confusion toute simple : être moins diagnostiqué ne veut pas dire être moins concerné.

Sources

Faraone, S. V., Banaschewski, T., Coghill, D., Zheng, Y., Biederman, J., Bellgrove, M. A., … & Wang, Y. (2021). The world federation of ADHD international consensus statement: 208 evidence-based conclusions about the disorder. Neuroscience & biobehavioral reviews, 128, 789-818.

Song, P., Zha, M., Yang, Q., Zhang, Y., Li, X., & Rudan, I. (2021). The prevalence of adult attention-deficit hyperactivity disorder: A global systematic review and meta-analysis. Journal of global health, 11, 04009.

Young, S., Adamo, N., Ásgeirsdóttir, B. B., Branney, P., Beckett, M., Colley, W., … & Woodhouse, E. (2020). Females with ADHD: An expert consensus statement taking a lifespan approach providing guidance for the identification and treatment of attention-deficit/hyperactivity disorder in girls and women. BMC psychiatry, 20(1), 404.